« L’aubépine en fleur fut mon premier alphabet. » René Char

feuillet 1

Première rencontre d’Olga Polka, de Fine, et de la chèvre Aubépine.


Le nourrisson braillait à pleins poumons. Olga Polka. C’était son nom. Du moins, à en croire son bracelet de tissu brodé. Au point de bourdon. Coton perlé bleu roi sur linon blanc. Brassière neuve, tricotée main point mousse. Langes mouillés, et même pire, à en juger par l’odeur… bébé violacé, hurlant, sale et affamé. Pas le moment de jouer les détectives. Fine se saisit de l’enfant, ma titounette, ma jolie, là, là, ça va, ça va aller. Il fallait la nourrir, avant tout.

« J’ai pensé tout de suite à la chèvre. Zeus lui-même a été nourri par Amalthée, Olga Polka pourrait peut-être s’accommoder d’Aubépine. »

Et ce que taisait Fine, chaque fois qu’elle racontait cette première tétée, c’est l’instant de désarroi, fugace, mais violent, qui avait précédé ce prétendu « tout de suite ».

Car en ce temps-là il n’était pas simple, pour une institutrice de campagne, célibataire et, faut-il le préciser, sans enfant, de se procurer un biberon, au pied levé et sans que nul ne le sût. Et Fine voulait absolument, ne fût-ce que quelques heures, garder le secret sur cette découverte. Heureusement que Léon n’était pas là. Léon était incapable de garder un secret, ne savait rien vivre sans en informer tout le ban.

Prendre le temps de réfléchir. Pendant que le bébé, installé à même la paille, tétait directement au pis de la chèvre. Non sans quelques tâtonnements et réticences de part et d’autre, mais par chance Aubépine avait mis bas quelques semaines plus tôt, et l’on venait juste de lui retirer son chevreau.

Ai-je dit que le menton d’Olga Polka est pointu, son front bombé, son visage triangulaire ? Ai-je montré comme elle est bondissante, capricieuse et têtue ? A-t-on pu sentir la nature, fondamentalement caprine, d’Olga Polka ? S’il lui arrive aujourd’hui de dire d’elle, en rigolant, « je suis une vieille bique », c’est pure provocation : en vérité Olga Polka est restée toute sa vie ce petit cabri de la saint Marc, mon chevreau, mon petit chevreau, c’est ainsi que la nommera tendrement Max…

Aubépine en tout cas l’avait reconnue comme telle, et la lécha doucement quand, repue, elle abandonna le pis. Fine laissait faire, rêveuse, le regard vague. « Toi au moins, ma loupiotte, tu sauras toujours te faire aimer ! »

 


6 commentaires

  • oups! j’avais pas vu la suite ..donc Fine c’est sa mère célibataire et astucieuse , maitresse d’école pragmatique mais Léon ?
    c’est celui qui raconte la vie en chantanT?

  • mariolga a écrit :

    est-ce qu’il y avait un « signe particulier » sur ses vêtements qui permettent de remonter à son origine biologique ?

    tu vas nous raconter sa petite enfance ? ses premières dents, ses premiers paqs accrochée aux poils d’Aubépine, ses balades avec elle dans les collines à chercher les bonnes herbes, les asperges et les poireaux sauvages, les champignons, peut-être même qu’elle posait des collets et pêchait les truites à la main ?

  • Myggenaes a écrit :

    et ces mains ?
    Ses mains aux doigts de la même longueur, sauf le pouce qui s’élargit comme une spatule polie sans écharde, nous raconteront, imaginons, tous les délices des recettes restées mystère, jamais écrites, dans la mémoire unie présente et future à l’esprit.

  • mariolga a écrit :

    et j’allais oublier les fleurs d’acacia pour les beignets au mois de mai

  • chateau margaux a écrit :

    Olga suscite déjà bien des questions chez les lecteurs…va pas falloir nous faire attendre trop longtemps…..on reste sur notre faim…et on a pas d’Aubepine laiteuse à porté de bouche

  • Darjeeling a écrit :

    mince alors, elle est pas taureau, elle est biquette? euuuh bélier?

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