Pour la décrire…

Où l’on voit qu’Olga Polka est dotée de tout ce qu’il faut pour avancer dans la vie et subséquemment dans cette histoire.

Olga Polka a un nez en pied de marmite, une grande bouche gourmande, des oreilles en feuille de chou et de gros yeux qui débordent un peu, le tout sous une chevelure épaisse coiffée avec un pétard. Avec tout ça Olga Polka n’arrive même pas à être moche, tellement son visage est mobile, tellement les mouvements qui le parcourent sont vivants et justes.

Olga Polka est donc jolie, parfois même très jolie ; et pas seulement son visage, mais son corps, tout à la fois lourd et léger, lourd parce qu’il est dense, compact, robuste, et léger parce qu’elle parcourt le monde comme une caresse, sans jamais lui faire violence, sans jamais peser sur lui… Car Olga Polka a le pied léger (la cuisse aussi, comme on verra dans la suite de cette histoire) ; pour autant, elle n’est pas un être léger : rares sont les moments de sa vie où elle n’a pas fait le poids — à sa façon, qui n’est pas celle de tout le monde.

Quelle façon ? Difficile à décrire… quelque chose entre la bonté généreuse d’une soupe bouillonnante et la beauté fugitive de la danse — curieux mélange.

Olga Polka est mélangée, hybride, hétérogène, bâtarde, métisse, impure, ambiguë, multiple complexe, contradictoire… tu vois bien, lecteur, que même pour la décrire un seul mot ne suffit pas …d’autant qu’elle est aussi : simple, univoque, immédiate.

Par exemple, Olga Polka est bavarde. Elle aime raconter, elle joue avec les mots, et je ne serais pas là, un peu encombrée de toute son histoire, à tenter de te la transmettre, si elle ne m’avait pas tant parlé (et ça n’est pas fini !).

Elle est, pourtant, silencieuse ; aux questions sottes (ou indiscrètes), elle répond d’un regard élargi et vague, sans un battement de paupière ; la question se noie et vous vous taisez, mal à l’aise, tout occupé à fuir très vite ce regard, où vous pourriez perdre pied vous aussi.

Parfois un être plus serein, plus familier de sa propre angoisse, ou tout simplement plus léger se permet de flotter un moment dans le regard d’Olga Polka, qui ne se défend pas. Mais on finit toujours par échouer au bord de ses paupières, dans une sorte d’écume qui vous colle à la peau, un peu salée, qui vous picote les yeux, la racine du nez.

Olga Polka a des yeux d’océan, un nez aux ailes frémissantes, une bouche de grotte humide toujours prête à goûter, mâcher, lécher, sucer, siroter, savourer, dévorer, embrasser, rire, chanter… et même quand elle ne fait rien de tout ça la bouche d’Olga Polka est toujours un peu ouverte, sur un souffle, un murmure, un fil de salive, un rêve.

Et ses mains. J’allais oublier ses mains ! Larges comme les tartines du goûter, toujours fraîches, jamais froides, jamais moites, souvent occupées (ne serait-ce qu’à parler). Le geste sûr et rapide, rond pourtant, les ongles courts, les doigts musclés et agiles, quasiment tous de la même longueur, sauf le pouce, évidemment, large, un peu spatulé ; dans le ventre de sa mère déjà, tout laisse à penser que ce pouce était, comme il le fut dès son premier jour, irrésistiblement attiré vers son nez, dans ce geste de résistance espiègle qui lui est encore familier aujourd’hui, toute vieille dame qu’elle soit devenue : le pied de nez.

Je tiens pour certain ce pied de nez fœtal, bien qu’on ne connût pas alors les merveilles de l’échographie.

Enfin, certain… autant te le dire tout de suite, la vie d’Olga Polka est propre à déborder la plupart du temps, à décourager souvent, à faire hésiter parfois le biographe amateur.

Donc, on te racontera (on va te raconter, dans ces pages) toutes sortes d’histoires sur sa naissance, mais la vérité, c’est qu’elle est sortie en dansant de la bouche de son père (pendant qu’il chantait « La Périchole »), casquée d’un torchon de lin à rayures rouges, armée d’un couteau d’office, d’un pilon et d’une cuillère à pot, riant déjà, ou braillant, en tout cas prête à en découdre.


7 commentaires

  • On peut en savoir sur ses parents ?? passke là j’me dis que pour fabriquer une fille comme ça , faut déjà être hauts en couleurs ! alors , ce père qui fait sa fille en chantant , il a quel âge ?
    il s’appelle comment ?
    c’est quoi son métier ?
    d’ailleurs est ce qu’il a un métier ?
    et sa mère ?
    ils se sont rencontrés comment ?
    Olga c’est un accident ?

    j’m’arrête là mais j’peux continuer longtemps ..

  • la narratrice paucisciente la narratrice paucisciente a écrit :

    mazette, va-cours-vole, t’es un rapide toi !

    le père, le père… il y a déjà au moins deux de tes questions dont je ne connais pas la réponse !! Bon, promis, quelques infos sur le père dans un prochain feuillet.

    pour la mère… lis la suite 🙂

  • chateau margaux a écrit :

    Sortie en dansant le pied nez….oups…..et ses pieds, justement comment sont t-ils?
    Bien campés dans le sol, même s’ils déplacent Olga avec autant de légèreté qu’un nuage de farine échappé du sachet

  • cloclo a écrit :

    hum. Je ne fais que passer.

  • Garance a écrit :

    Voilà ce que disait Gabriel Garcia Marquez sur l’œuvre de Quino, le père de « Mafalda » :
    « Depuis des années, Quino démontre dans chacun de ses albums que les enfants sont les dépositaires de la sagesse. Ce qui est triste pour le monde, c’est qu’au fur et à mesure qu’ils grandissent, ils perdent l’usage de la raison. A l’ école, ils oublient ce qu’ils savent à leur naissance. Ils se lavent les dents, se coupent les ongles, et à la fin les voilà devenus de pitoyables adultes, qui se noient non pas dans un verre d’eau mais dans une assiette de soupe. Retrouver cela de livre en livre est ce qui ressemble le plus au bonheur : la Quinothérapie.

    Gabriel Garcia Marquez, Prix Nobel de Littérature, 1992.

    Voilà l’image première que j’ai eu d’Olga Polka : « Mafalda »…

  • immortelle a écrit :

    Parfois les racines traversent les nuages,
    il en tombe des parfums sauvages
    et des pleurs de sensualité,
    la gourmandise est un art de vivre
    qui se partage sans préambule
    au détour d’un chemin poussiéreux
    voire au fond d’un grenier sous l’orage.
    Il en passe par les lèvres et la gorge
    avec des notes poivrées et musquées.
    Alors là, oui, les interdits commandent,
    l’attitude titube
    le doute s’installe
    et le désir prend enfin le dessus.
    Le plaisir n’est pas un péché.

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